Politique

Appel de CSA-Bénin, COSI-Bénin, CGTB, UNSTB et CSPIB à voter pour un duo candidat : un travailleur déplore la violation de la neutralité syndicale

La rédaction9 avril 20263 min de lecture59 vues
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Transformer le poing levé de la revendication sociale en un doigt pointé vers un logo spécifique est une erreur historique…

Un travailleur béninois n'est pas du même avis que les 5 centrales syndicales qui ont appelé à voter pour un des duo candidat en lice pour la présidentielle béninoise. Agissant au nom de Marcaire Gbaguidi, ce dernier a partagé sur les réseaux sociaux une opinion afin de s'insurger contre le comportement de certaines organisations des syndicats.

LE DEUIL DE L'INDÉPENDANCE : QUAND LE SYNDICALISME S'ÉGARE DANS LA COMPROMISSION POLITIQUE

Indignation d'un syndiqué

L'image de ce cercueil scellé au nom du « Syndicat » n'est pas qu'une allégorie visuelle ; elle illustre le sentiment de deuil qui saisit aujourd'hui de nombreux travailleurs et observateurs de la vie publique béninoise. En choisissant de briser leur devoir de neutralité pour appeler à voter pour un candidat spécifique à l'élection présidentielle du 12 avril, certaines de nos confédérations syndicales viennent de commettre un acte dont la portée symbolique et pratique est dévastatrice.

Une Trahison de l'ADN Syndical

Le syndicat, par essence, est le dernier rempart de l'intérêt général au sein de la société civile au Bénin et partout ailleurs. C’est une sentinelle, à la limite un temple. Sa force réside exclusivement dans sa transversalité. Un travailleur, quelle que soit son appartenance ou sa préférence politique doit absolument pouvoir se reconnaître dans sa centrale.

En se muant aussi vertement en officines de campagne, ces confédérations renoncent à leur nature profonde. Elles auraient pu, à l'instar des associations de parents d'élèves ou des organisations de professionnels des médias par exemple, adopter une posture de pédagogie citoyenne. Encourager le vote, célébrer le geste démocratique, appeler à la paix... voilà ce qu'on attend d'un corps intermédiaire responsable. Mais en dictant une direction de vote, elles cessent d'être des guides pour les syndiqués que nous sommes pour devenir des partisans.

Les Dangers d'une Liaison Dangereuse

Cette décision maladroite ouvre la porte à des périls majeurs pour l'équilibre social :

- L'effritement de la légitimité : Comment ces mêmes leaders syndicaux pourront-ils demain s'asseoir à la table des négociations face à un gouvernement s'ils sont perçus comme des adversaires politiques défaits ou, pire, comme des obligés du pouvoir en place ? La parole syndicale perd ainsi sa sacralité.

- La fracture de la base : Le monde du travail est un miroir de la diversité nationale. En imposant une consigne de vote, les sommets des confédérations créent une rupture brutale avec leur base. C’est le terreau de la désunion, où le travailleur ne voit plus en son délégué un défenseur de ses droits, mais un agent électoral voire un vecteur de propagande.

- L'instrumentalisation réciproque : Ce mélange des genres fragilise la démocratie. Le politique, sentant l'appui syndical, peut être tenté de bafouer davantage l'autonomie des partenaires sociaux. Inversement, le syndicat devient un otage du calendrier électoral.

Un Miroir pour l'Avenir

Le syndicalisme ne doit pas être un marchepied pour les ambitions de carrière, ni un réservoir de voix à vendre au plus offrant. En s'éloignant de la neutralité bienveillante qui sied aux organisations de la société civile, ces confédérations ont pris le risque de sacrifier des décennies de luttes sociales sur l'autel de l'opportunisme immédiat.

La démocratie béninoise a besoin de contre-pouvoirs forts, crédibles et surtout indépendants. Transformer le poing levé de la revendication sociale en un doigt pointé vers un logo spécifique est une erreur historique. Il est encore temps de se souvenir que le syndicat appartient à tous les travailleurs, et non à un candidat.

La véritable puissance d'une organisation civile comme le syndicat n'est pas de dire pour qui voter, mais de veiller à ce que le droit de voter reste un acte de liberté pure, dénué de toute pression corporatiste. Réfléchissons-y.

Macaire GBAGUIDI

Un travailleur déçu

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