Le Sénégal est au bord du blocage institutionnel. À 24 heures de la plénière décisive de ce mardi 27 octobre à 10h, le bras de fer entre le Président Bassirou Diomaye Faye et sa propre majorité parlementaire a viré à la crise ouverte.
Coup de tonnerre à l'Assemblée Nationale de Dakar. Les députés de Pastef-Les Patriotes, pourtant majoritaires avec 130 sièges sur 165 et présidés par Ousmane Sonko lui-même, ont rejeté en Commission des Finances le projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026 défendu par le Premier Ministre Ahmadou Al Aminou Lô.
Dimanche 26 octobre, le Premier Ministre a tenté de reprendre la main lors d'une conférence de presse au Building administratif de Dakar. Le constat est brutal. Le budget 2026 a explosé. Moins 340 milliards FCFA de recettes, plus 540 milliards FCFA de charges imprévues, 790 milliards FCFA de subventions énergétiques à éponger et surtout 1 956 milliards FCFA d'arriérés hérités. Soit 880 milliards de pression budgétaire qui obligent l'État à revoir sa copie. La dette publique flirte avec 132% du PIB.
Les conditions non négociables de Sonko
Pastef ne conteste pas la nécessité de rectifier le budget, mais pose 5 exigences avant de voter. Pour la formation politique dirigée par le président de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko, pas de coupes dans le social. Il faut absolument, selon elle, préserver la santé, l'éducation, la formation ainsi que l'hydraulique. L'effort doit porter sur le train de vie de l'État.
Comme deuxième condition, le pouvoir d'achat doit être protégé. Si on baisse les subventions énergie (de 790 à 552 milliards), il faut baisser aussi la fiscalité pétrolière. Pas de hausse des prix pour les ménages, clame Pastef. Condition numéro 3, la transparence sur 120 milliards. La question principale. Où sont passés les 120 milliards du Projet d'Urgence CERP financé par la Banque Mondiale ? Pastef exige les accords. Il faut réduire le train de vie. Telle est la quatrième condition. Suppression de 19 agences parapubliques pour 55 milliards d'économies sur 3 ans, et encadrement strict des fonds spéciaux (les caisses noires). Enfin, le camp majoritaire à l'hémicycle exige la sincérité budgétaire. Cela doit se traduire par la publication des audits de l'Inspection Générale des Finances et du cabinet Forvis Mazars sur la fameuse dette cachée, et justifier les déficits 2026-2027.
Vers un 49.3 à la sénégalaise ?
Le Premier Ministre Al Aminou Lô a lancé hier : "Il y a une différence entre amender et faire de l'obstruction. Ne punissez pas le peuple". Il appelle Pastef à déposer des amendements chiffrés. Mais il brandit déjà l'arme atomique : l'article 86 alinéa 6 de la Constitution. Comme le 49.3 français, il permet au Premier Ministre d'engager la responsabilité du gouvernement pour faire adopter le budget sans vote. Un couteau à double tranchant. Car Pastef, majoritaire, peut répliquer immédiatement par une motion de censure et faire tomber le gouvernement. L'opposition Takku Wallu dénonce déjà "une guerre entre deux anciens alliés au détriment de la nation". Verdict ce mardi à 10h en plénière. Le Sénégal retient son souffle.

