C'est devant une salle comble, avec des délégations venues de toutes les circonscriptions électorales du Bénin sans oublier des visiteurs venus du pays frère, que le parti Les Démocrates a ouvert ce samedi 10 octobre 2026 son deuxième Congrès ordinaire. Un congrès de refondation après une année électorale 2026 particulièrement éprouvante pour la principale formation de l'opposition.
Dans un discours offensif mais empreint d'un ton d'apaisement, le Président du parti a fixé le cap : bâtir un parti plus uni et restaurer la confiance avec le peuple. Le discours est revenu sans détour sur les élections générales de 2026. Le parti dénonce un environnement institutionnel marqué par des réformes électorales aux effets exclusifs. Écarté de la présidentielle et des communales, puis privé de toute représentation parlementaire malgré plus de 500 000 voix obtenues en raison de la règle des 20% par circonscription, Les Démocrates constatent l'installation d'une Assemblée nationale monocolore. « Au-delà du sort réservé à notre parti, c'est la qualité de la représentation nationale, l'équilibre des institutions et la vitalité du débat démocratique qui se trouvent ainsi posés », a-t-il martelé, rappelant qu'une démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue des élections.
Autre moment fort : la reconnaissance de la crise interne qui a secoué le parti à la veille de la présidentielle, avec le départ de cadres vers le "Pacte républicain" et la tentation de rejoindre la mouvance présidentielle. Citant une maxime sur la nécessité de ne jamais perdre son chemin, le président a appelé à trois exigences : restaurer la cohésion interne, rénover profondément l'organisation et restaurer la confiance avec le peuple béninois.
Quatre propositions à Romuald WADAGNI
Tout en prenant acte de la continuité revendiquée par le Président Romuald Wadagni avec l'action de Patrice Talon, le parti estime que la continuité ne saurait être synonyme d'immobilisme et que l'heure doit être à la décrispation. Le parti salue les mesures sociales récemment prises mais exige une politique plus globale de justice sociale face à la cherté de la vie. Sur le plan sécuritaire, il apporte son soutien aux Forces de défense et de sécurité dans les départements septentrionaux et salue les efforts du gouvernement pour la réouverture de la frontière Bénin-Niger.
Quatre mesures prioritaires sont proposées au gouvernement dans un esprit de responsabilité. Œuvrer à la libération des détenus politiques ; favoriser le retour des exilés politiques ; mettre en œuvre les mécanismes de dialogue prévus à l'article 5-1 de la loi N°2025-20 du 17 décembre 2025 et appliquer effectivement la loi n° 2019-45 sur le statut de l'opposition.
En présence de l'émissaire du PPA-CI de Laurent GBAGBO, le Professeur Hubert OULAYE, et d'une délégation du Social Democratic Party du Nigeria conduite par le Prince Henry AMIKE, le parti veut redevenir, selon les mots de son président, “un grand laboratoire d'idées” et “une espérance pour les jeunes, les femmes, les travailleurs, les entrepreneurs et les agriculteurs”. Le mot d'ordre final résume l'état d'esprit : "Cohérence, constance, courage et travail". Comme le phénix, Les Démocrates entendent renaître de leurs cendres.

INTÉGRALITÉ DU DISCOURS DU PRÉSIDENT DU PARTI LES DÉMOCRATES
Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques invités ;
Mesdames et Messieurs les membres de la Coordination nationale du parti ;
Mesdames et Messieurs les membres du Comité d'organisation du Congrès ;
Mesdames et Messieurs les représentants de la presse nationale et internationale ;
Chères militantes, chers militants ;
Chers invités,
Peuple béninois,
C'est avec une émotion particulière, mais surtout avec un profond sentiment de responsabilité, que je prends la parole à l'occasion de l'ouverture de ce deuxième Congrès ordinaire de notre parti, le parti LES DÉMOCRATES.
Je mesure pleinement la portée de cet instant.
Devant nous se trouvent des responsables politiques, des délégations amies, des militantes et des militants venus de toutes les régions de notre pays, et plus particulièrement des 19ème et 20ème circonscriptions électorales. Votre présence massive est, à elle seule, un message politique. LES DÉMOCRATES demeurent debout, mobilisés et résolument engagés au service du peuple béninois.
Permettez-moi, en premier lieu, d'adresser mes sincères remerciements aux partis politiques frères et amis qui ont accepté de répondre à notre invitation et de se tenir à nos côtés en cette circonstance importante de la vie de notre formation politique.
Certains de nos hôtes ont effectué un long déplacement pour être parmi nous. Je voudrais, à cet égard, saluer tout particulièrement Monsieur Hubert OULAYE, Professeur agrégé de droit public et de sciences politiques, ancien ministre et cadre du Parti des Peuples Africains – Côte d'Ivoire (PPA-CI), parti du Président Laurent GBAGBO. Je voudrais également saluer, la délégation du Social Democratic Party, parti politique du Nigéria. Cette délégation forte de cinq membres est conduite par l'honorable Prince Henry AMIKE, Président de la région de l'État de Lagos.
Votre présence nous va droit au cœur. Elle illustre cette solidarité entre forces démocratiques africaines et témoigne de notre commune aspiration à voir émerger une Afrique davantage intégrée, souveraine, démocratique et maîtresse de son destin.
Je voudrais également saluer et féliciter le Comité d'organisation de ce Congrès pour les efforts consentis afin de créer les conditions matérielles et organisationnelles nécessaires à la tenue de nos assises.
Enfin, à vous, militantes, militants et sympathisants du parti LES DÉMOCRATES, qui avez effectué le déplacement, parfois au prix de sacrifices personnels, je voudrais dire simplement : MERCI.
Votre mobilisation démontre que, malgré les épreuves, les incompréhensions, les difficultés et les vicissitudes de la vie politique, notre parti conserve une place réelle dans le cœur et dans la conscience des Béninois.
Chers invités,
Chères militantes, chers militants,
Mesdames et Messieurs,
Notre Congrès se tient à un moment particulièrement important de l'histoire politique récente de notre pays.
Les élections générales de 2026 sont intervenues dans un environnement institutionnel profondément marqué par des réformes dont notre parti n'a cessé de dénoncer les modalités d'adoption et les conséquences sur le pluralisme politique et le fonctionnement de notre démocratie.
Aujourd'hui, les craintes que nous avions exprimées se sont malheureusement matérialisées. Notre parti a été successivement écarté de l'élection présidentielle et des élections communales, avant d'être privé de toute représentation à l'Assemblée nationale, en dépit des plus de 500 000 voix obtenues. Le seuil de 20% des suffrages exigé dans chacune des 24 circonscriptions électorales a ainsi constitué un obstacle à l'attribution de sièges à notre formation politique.
Le résultat est sans équivoque : nous avons assisté une nouvelle fois à l'installation d'une Assemblée nationale sans représentation de l'opposition, consacrant une configuration politique monocolore qui prive une frange importante de l'électorat de la représentation parlementaire de son choix.
Voilà où nous ont conduits des règles électorales dont nous avions, à maintes reprises, dénoncé le caractère exclusif et les effets potentiellement préjudiciables au pluralisme démocratique. Au-delà du sort réservé à notre parti, c'est la qualité de la représentation nationale, l'équilibre des institutions et la vitalité du débat démocratique qui se trouvent ainsi posés.
Nous le disons sans esprit de revanche, mais avec la lucidité que commande la responsabilité politique. Une démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue périodique des élections.
Elle se mesure également à la capacité de garantir l'égalité des citoyens devant la loi, le pluralisme politique, la liberté d'expression, l'équité électorale et la possibilité effective pour toutes les sensibilités de concourir à la formation de la volonté populaire.
C'est précisément parce que nous croyons à ces principes que nous sommes réunis aujourd'hui.
Militantes et militants,
Mesdames et Messieurs,
À la veille de l'élection présidentielle d'avril 2026, notre parti a été confronté à une crise interne profonde, née de divergences qui ont conduit certains responsables et cadres de la Coordination nationale, ainsi que certains députés, à s'engager dans ce qui a été présenté sous le vocable de « Pacte républicain ». Il fut un temps, ces camarades avaient souhaité que le parti LES DÉMOCRATES devienne un parti de la mouvance présidentielle.
Nous devons regarder cette crise que traverse le parti avec courage et responsabilité.
Citation : Il est normal de perdre des gens en chemin mais ne faites jamais l'erreur de perdre votre chemin à cause des gens
Nous devons avancer sans perdre notre chemin pour personne.
C'est pourquoi trois exigences s'imposent à nous.
Premièrement : restaurer la cohésion interne du parti.
Nous devons retrouver le sens du collectif, de la loyauté militante, de la solidarité et de la responsabilité.
Deuxièmement : rénover profondément notre organisation.
Notre parti doit améliorer ses mécanismes de gouvernance, renforcer ses structures à la base, promouvoir la formation de ses cadres et créer les conditions d'une participation plus effective des militants à la vie du parti.
Troisièmement : restaurer la confiance entre le parti LES DÉMOCRATES et le peuple béninois.
Car un parti politique n'existe pas pour lui-même. Il n'a de raison d'être que par le peuple, pour le peuple et au service de l'intérêt général.
C'est dans cette perspective que nous avons retenu comme thème central de notre Congrès :
« Bâtir un parti plus uni et restaurer la confiance avec le peuple : LES DÉMOCRATES déterminés à défendre la démocratie et la justice sociale. »
Ce thème n'est pas un simple slogan.
Il constitue une véritable feuille de route.
Notre ambition, à court et moyen termes, est de redynamiser notre parti sur les plans institutionnel, organisationnel et politique ; de renforcer la formation civique et politique de nos militants ; de consolider nos structures sur l'ensemble du territoire national ; et de faire du parti LES DÉMOCRATES une force politique durablement implantée dans la conscience de tous les Béninois.
Nous voulons construire un parti capable de proposer, de convaincre et, demain, de gouverner avec compétence, responsabilité et probité.
Un parti qui soit à la fois un rempart de la démocratie, un défenseur de l'État de droit et un instrument de promotion de la justice sociale et de la prospérité partagée.
Chères militantes, chers militants,
Mesdames et Messieurs,
Depuis sa désignation comme candidat jusqu'à la formation de son Gouvernement, en passant par la campagne électorale et la prestation de serment, le Président de la République, Monsieur Romuald WADAGNI, a clairement revendiqué la continuité de l'action engagée sous la présidence de Monsieur Patrice TALON tout en faisant la promesse de corriger les insuffisances de la gouvernance de son prédécesseur.
Nous prenons acte de cette orientation. Mais en tant que responsables du parti de l'opposition, il nous revient de rappeler ces insuffisances au Président de la République.
Nous demeurons convaincus que la continuité ne saurait être synonyme d'immobilisme.
Le peuple béninois attend aujourd'hui l'apaisement, la justice et le dialogue.
La continuité d'un régime au pouvoir depuis 2016 doit également pouvoir ouvrir une nouvelle séquence politique, caractérisée par la décrispation, le rassemblement et la réconciliation nationale.
À cet égard, certaines préoccupations demeurent.
La question des personnes privées de liberté pour des raisons liées à leur engagement politique, les détenus politiques, reste une source de préoccupation majeure. La situation des exilés politiques, ces nombreux compatriotes qui vivent encore hors de leur pays, reste préoccupante.
Victor HUGO disait, je cite : "Il n'est pas utile de vaincre si on ne peut pas pardonner", fin de citation.
La République doit savoir tourner les pages douloureuses de son histoire sans effacer la mémoire, mais en privilégiant la justice, le pardon, la réconciliation et la cohésion nationale.
Dans le même temps, les préoccupations économiques et sociales demeurent fortes. La cherté de la vie, les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses familles et le sentiment d'un écart persistant entre les conditions de vie de la majorité de nos compatriotes et le niveau de vie des élites constituent autant de défis auxquels le Gouvernement doit apporter des réponses concrètes.
Nous saluons, naturellement, les mesures sociales récemment prises par le Président de la République. Mais nous estimons qu'elles doivent s'inscrire dans une politique plus globale de justice sociale et de réduction durable des inégalités.
La question sécuritaire demeure également préoccupante, particulièrement dans les départements septentrionaux de notre pays.
Nous devons continuer à soutenir nos forces de défense et de sécurité, tout en veillant à ce que les populations civiles, qui vivent au quotidien avec les conséquences de l'insécurité, bénéficient d'un accompagnement approprié.
À cela s'ajoute la situation de la frontière entre le Bénin et le Niger, dont la réouverture demeure une attente forte de nombreux acteurs économiques et de nombreuses populations des deux pays. Il convient de reconnaître les efforts consentis par le gouvernement du Président Romuald WADAGNI dans ce domaine.
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Face à ces défis, notre parti ne se contentera pas de dénoncer.
Le parti LES DÉMOCRATES veut proposer.
C'est pourquoi nous invitons le Gouvernement à envisager, dans un esprit de responsabilité et d'apaisement, plusieurs mesures prioritaires :
Premièrement, œuvrer à la libération des détenus politiques, dans un esprit d'apaisement et de décrispation de la situation politique nationale.
Deuxièmement, favoriser le retour au pays des compatriotes vivant en exil pour des motifs politiques, dans un esprit de réconciliation nationale ;
Troisièmement, mettre pleinement en œuvre les mécanismes de dialogue et de concertation prévus à l'article 5-1 de la loi N°2025-20 du 17 décembre 2025 ;
Quatrièmement, assurer l'application effective de la loi n° 2019-45 du 25 novembre 2019 portant statut de l'opposition en République du Bénin.
Nous formulons ces propositions parce que l'opposition est une composante essentielle de la République et que son rôle ne saurait être réduit à la contestation.
Une opposition forte, organisée, responsable et respectée est une garantie supplémentaire pour la vitalité de la démocratie.
Chères militantes, chers militants,
C'est à nous maintenant de prendre notre part de responsabilité.
Le peuple béninois attend de nous non pas seulement des discours, mais de la cohérence, de la constance, du courage et du travail.
Nous devons dépasser les querelles personnelles et les ambitions individuelles.
Nous devons restaurer la confiance entre nous.
Nous devons apprendre à débattre sans nous déchirer.
Notre parti doit redevenir un grand laboratoire d'idées, un espace de formation civique et politique, un cadre de réflexion, de proposition et de participation citoyenne.
Nous devons préparer une nouvelle génération de responsables politiques capables d'assumer, demain, les responsabilités publiques avec compétence, intégrité, patriotisme et sens élevé de l'État.
Le parti LES DÉMOCRATES doit redevenir une espérance.
Une espérance pour les jeunes.
Une espérance pour les femmes.
Une espérance pour les travailleurs.
Une espérance pour les entrepreneurs.
Une espérance pour les agriculteurs.
Une espérance pour toutes celles et tous ceux qui, à travers le pays, aspirent simplement à vivre dignement dans une République juste, démocratique et solidaire.
À l'issue de nos travaux, notre parti doit sortir plus uni, plus fort, plus organisé et plus déterminé.
Comme le phénix, qui renaît de ses propres cendres, le parti LES DÉMOCRATES doit se relever de cette épreuve et reprendre pleinement sa place dans le combat démocratique national.
Mais cette renaissance ne sera possible que si chacun accepte de faire prévaloir l'intérêt du parti et, au-delà du parti, l'intérêt supérieur de la Nation.
C'est à cette condition que nous pourrons renouer avec le peuple.
C'est à cette condition que nous pourrons restaurer la confiance.
C'est à cette condition que nous pourrons préparer sereinement les prochaines échéances et contribuer, avec d'autres forces patriotiques et démocratiques, à écrire une nouvelle page de l'histoire politique de notre pays.
Militantes et militants,
Je vous invite donc à travailler, pendant ces assises, avec esprit d'ouverture, de responsabilité et de fraternité.
Que nos débats soient francs, mais fraternels.
Que nos divergences soient assumées, mais toujours inscrites dans le respect de notre idéal commun.
Que de ce Congrès naisse un parti renouvelé, réconcilié avec lui-même et davantage encore enraciné dans le peuple.
Sur ces mots, et au nom de la Coordination nationale du parti LES DÉMOCRATES, j'ai l'honneur de déclarer ouverts, ce samedi 10 octobre 2026, les travaux du Deuxième Congrès ordinaire du parti LES DÉMOCRATES.
Debout pour un parti fort, uni et démocratique, où chacune et chacun a sa place, sa voix et sa responsabilité !
Vive le parti Les Démocrates !
Vive la démocratie !
Vive la République !
Vive le Bénin !
Je vous remercie.

