Pour un salaire de misère qui ne dépasse pas 30.000 FCFA, des centaines de jeunes filles travaillant dans les bars et maquis d'Abomey-Calavi et de Cotonou sont contraintes de monnayer leur corps pour survivre. Une enquête de Truthofnews sur un système d'exploitation silencieuse.
Il est 23h à Godomey. Sous la lumière blafarde d'un maquis, Grâce, 21 ans, enchaîne les plateaux depuis 18h. Elle n'a pas mangé. À la fin du mois, elle touchera 20.000 FCFA. Ses besoins au minimum : 15.000 FCFA. Reste 5.000 FCFA pour vivre 30 jours. "Comment tu veux que je fasse ?", lâche-t-elle, les yeux baissés. Son histoire n'est pas isolée. Pendant une semaine, notre rédaction a rencontré une dizaine de serveuses à Abomey-Calavi, Womey et Houètô. Le constat est le même partout : des horaires de 12 à 14 heures par jour, sans contrat, sans repos, pour un salaire compris entre 15.000 et 30.000 FCFA, bien en dessous du SMIG béninois fixé à 52.000 FCFA. "Si tu refuses, on te renvoie"
Avec un tel salaire, la prostitution devient une question de survie, pas de choix. "Les clients savent qu'on est mal payées. Ils proposent 3.000, 5.000. Si tu refuses tout le temps, tu n'as pas d'argent pour manger. Si tu acceptes, tu as au moins de quoi payer le loyer", confie Chantal, 19 ans, rencontrée à Womey. Prénom d'emprunt, comme pour tous nos témoins. Le système est tacitement organisé. Plusieurs serveuses affirment que leurs patrons sont au courant et font pression. "Le patron nous dit : il faut bien accueillir les clients. Si un client vient se plaindre que tu as été impolie parce que tu as refusé ses avances, le lendemain tu ne travailles plus", témoigne Fati, 24 ans, deux ans d'expérience dans les bars de Calavi. Les gérants contactés par notre rédaction se défendent. "On n'a pas les moyens de payer 50.000 F. Si on paye plus, on ferme. Et puis, ce qu'elles font dehors après le travail, ce n'est pas notre problème", justifie un gérant de maquis à Houètô, sous couvert d'anonymat.
Un vide juridique
Du côté de l'inspection du travail, c'est le silence radio. Aucun contrôle n'a été signalé dans ces établissements informels ces derniers mois. Ces jeunes filles, souvent sans diplôme et venues de villages pour soutenir leur famille, n'osent pas porter plainte par peur de perdre le peu qu'elles ont. Conséquence : précarité extrême, grossesses non désirées, infections sexuellement transmissibles et perte totale de l'estime de soi.
Pour protéger nos sources, tous les prénoms ont été changés. L'enquête se poursuit. Si vous êtes serveuse et que vous souhaitez témoigner en toute confidentialité, contactez la rédaction de Truthofnews.

