Le bras de fer est lancé à Bissau. Alors qu'il a annoncé depuis son exil au Maroc sa candidature à l'élection présidentielle du 6 décembre prochain, l'ancien président déchu Umaro Sissoco Embaló s'est vu formellement interdire de rentrer au pays par l'armée.

Dans un communiqué officiel N°07/ACM/2026 publié jeudi 1er octobre 2026 à l'issue d'une session extraordinaire, le Haut Commandement Militaire pour la Restauration de la Sécurité Nationale et de l'Ordre Public est catégorique. « Pour le moment, les conditions de sécurité nécessaires pour garantir le retour sur le territoire national de l'ancien président de la République, M. Umaro Sissoco Embaló, ne sont pas réunies », indique le document.
La junte au pouvoir depuis le coup d'État du 26 novembre 2025, et dirigée par le général Horta N'Tam, assure que cette décision ne repose sur “aucun motif politique”. Elle serait motivée “exclusivement par des raisons de sécurité nationale, de préservation de l'ordre public et de prévention de situations susceptibles de compromettre la stabilité et la tranquillité sociale”. Le Haut Commandement en profite pour rappeler que l'ensemble des mesures de la Transition politique restent en vigueur, notamment “les restrictions sur les manifestations, rassemblements et regroupements à caractère politique, jusqu'à nouvelle décision”. Il prévient ensuite : “Tout acte de désobéissance engagera l'entière responsabilité de ses auteurs.”
Un retour annoncé pour ce dimanche
Lundi dernier, depuis le Maroc où il vit en exil, Umaro Sissoco Embaló avait créé la surprise en annonçant son intention de regagner Bissau dès ce dimanche 4 octobre pour une visite d'une journée, puis de se présenter à la présidentielle. Renversé il y a près de 10 mois à la veille de la proclamation des résultats d'une présidentielle controversée, l'ancien homme fort de Bissau entend bien rejouer sa carte. Ses partisans assurent qu'il ne se reproche rien. Une déclaration qui contraste avec celle faite il y a quelques jours par le général Horta N'Tam lui-même, qui affirmait que « chaque Guinéen est libre de revenir dans son pays s'il ne se reproche de rien. »
Une transition sous haute tension
Cette interdiction intervient dans un climat déjà tendu. Des rumeurs sur les réseaux sociaux faisaient état ces derniers jours de tensions au sein de la garde présidentielle après l'affectation de plusieurs de ses membres à d'autres unités. Mardi, le ministère de l'Intérieur avait déjà appelé la population au calme. Depuis le putsch, la junte a fait adopter une nouvelle Constitution le 30 août dernier avec plus de 70% de Oui, et a fixé la prochaine présidentielle au 6 décembre 2026. Une élection à laquelle Embaló veut coûte que coûte participer, mais que l'armée semble vouloir organiser sans lui.
L'appel final du Haut Commandement à la population, à la communauté internationale, au corps diplomatique et aux chefs religieux pour “préserver la paix et la stabilité” sonne comme un avertissement. Ce qui est sûr, le retour au bercail de l'enfant terrible de Bissau est pour l'instant bloqué.

