La République Démocratique du Congo vit un week-end décisif. Entre accélération politique à Kinshasa et persistance de la guerre dans l'Est, le pays est à la croisée des chemins. Au centre de toutes les attentions : une loi sur le référendum qui pourrait tout changer.
L'Assemblée nationale a franchi un cap majeur en République démocratique du Congo. Les députés ont adopté, à une quasi-unanimité de 346 voix sur 347, la proposition de loi fixant les conditions d'organisation du référendum. Le texte, qui intègre les 13 articles reformulés après les observations de la Cour constitutionnelle, doit désormais passer devant le Sénat avant une éventuelle promulgation par le Président Félix Tshisekedi. Une adoption massive, mais qui est loin de faire l'unanimité. Dans l'hémicycle, le président du groupe Ensemble pour la République, Christian Mwando, a demandé le report du vote. Pour l'opposition, voter une telle loi en pleine recrudescence des violences dans l'Est, sans un dialogue inclusif, est un risque pour l'unité nationale. Le pouvoir, lui, assume. Et pour verrouiller sa majorité, Félix Tshisekedi, en sa qualité de haute autorité politique de l'Union Sacrée, reçoit ce samedi à 16 heures à la Cité de l'Union Africaine, tous les députés et sénateurs de sa plateforme.
Cette fièvre politique s'accompagne d'un climat sécuritaire tendu dans la capitale. Symbole de cette nervosité, l'interpellation spectaculaire de l'ancien président du Sénat, Alex Thambwe Mwamba. Son domicile a été perquisitionné vendredi matin par les services de renseignement avant qu'il ne soit interpellé, puis remis en liberté dans la soirée. Aucune communication officielle n'a filtré sur les raisons de cette action. Pendant que Kinshasa s'agite autour du référendum, l'Est du pays s'enfonce dans la crise. Sur le front diplomatique, Kinshasa durcit le ton contre Kigali. La Ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a officiellement demandé à l'Union Européenne de prendre des sanctions ciblées contre des dirigeants rwandais et des responsables du Front pour la Restauration de la Nation (FRN), nouvelle appellation de l'AFC/M23, que le gouvernement congolais présente désormais comme une milice dirigée par l'ancien président Joseph Kabila.
Sur le terrain, les conséquences humanitaires sont catastrophiques. Selon les dernières données du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de quatre millions d'enfants de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition aiguë. Parmi eux, 1,3 million sont déjà en danger de mort. Une crise provoquée par la poursuite des combats, les déplacements massifs et l'effondrement des systèmes de santé.
Face à cette situation, la société civile refuse de se taire. Le mouvement citoyen LUCHA a condamné fermement le recours aux armes comme mode d'accession au pouvoir et appelé Joseph Kabila et Félix Tshisekedi à privilégier le dialogue. Un appel qui fait écho à la grande marche populaire organisée à Kisangani. Des milliers d'habitants sont descendus dans la rue pour dire non à la rébellion. « Nous ne voulons plus que la loi des plus forts règne », a lancé le gouverneur Paulin Lendongolia. Entre un référendum qui se précise et une guerre qui ne s'arrête pas, la RDC joue une partie serrée. Le regard est désormais tourné vers le Sénat.

