La tension du divorce Sonko-Faye de plus en plus vive. Ousmane Sonko, Président du parti PASTEF au pouvoir et Président de l'Assemblée nationale, a annoncé ce lundi, lors d'un point de presse explosif tenu au Centre International de Conférence Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio, que son parti ne votera pas le projet de Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026. Une décision lourde de conséquences qui ouvre une crise institutionnelle majeure au sommet de l'État sénégalais.
Transmis à l'Assemblée nationale il y a deux semaines pour examen prioritaire à la demande du Président Bassirou Diomaye Faye, le texte est jugé par Sonko comme étant en totale déconnexion avec le référentiel politique du pouvoir : l'Agenda National de Transformation Sénégal 2050. « Les budgets sociaux tels que l'éducation et l'emploi professionnel ont diminué. En plus, nous considérons que l'investissement n'est pas une priorité pour le gouvernement actuel », a asséné Ousmane Sonko, face à une salle comble de journalistes nationaux et internationaux.
Le principal point d'achoppement porte sur les produits pétroliers. Selon les chiffres dévoilés par Sonko, l'enveloppe dédiée aux subventions est passée de 790 à 552 milliards de francs CFA, soit une coupe brutale de près de 30%. Une mesure que le leader de PASTEF impute directement aux exigences du Fonds Monétaire International (FMI). « L'accord avec le FMI prévoit un plafonnement des subventions à 1% du PIB. C'est une hérésie. Cette baisse va se répercuter mécaniquement à la pompe », a-t-il alerté, évoquant une possible nouvelle flambée du litre de diesel, déjà à 755 FCFA depuis la hausse controversée du 15 août 2026.
Pour Sonko, cette hausse est injustifiable. Il a dénoncé une fiscalité étouffante : « Nous, au Sénégal, sommes parmi ceux qui taxent le plus en Afrique de l'Ouest. C'est pour cela que notre carburant est plus cher que dans les autres pays ». Il a rappelé que le Sénégal figure à la 6ème place des pays les plus chers en Afrique pour le diesel, malgré un accès à la mer, alors que le Burkina Faso, pays enclavé, affiche des tarifs inférieurs.
« Ayez pitié du peuple »
Dans un ton d'une rare virulence, l'ancien Premier ministre (2024-2026) a interpellé directement le gouvernement actuel dirigé par sa propre majorité. « Chaque jour, on entend qu'il y a des gens qui n'arrivent plus à s'en sortir, que la vie est dure. Il faut avoir pitié du peuple sénégalais au lieu de lui imposer des fardeaux », a-t-il lancé, posant en défenseur du pouvoir d'achat. Il est allé plus loin en dénonçant ce qu'il qualifie d'« arnaque politique » sur les Bourses de Sécurité Familiale, programme social phare. Annoncées à 70 milliards FCFA par le gouvernement, seules 22 milliards seraient réellement inscrites dans la LFR, loin des 51,48 milliards nécessaires. « C'est une arnaque budgétaire », a-t-il martelé.
Les lignes rouges du Pastef
Ousmane Sonko a posé deux conditions non négociables pour tout vote futur. Pour le leader du Pastef, il faut absolument et sans ménagement l'encadrement strict des fonds politiques. « On ne votera aucune LFR sans encadrement des fonds politiques. Si le gouvernement veut passer en force par l'article 68 (vote bloqué), on va rejeter », a-t-il menacé. Comme seconde condition, la révision à la hausse des budgets sociaux et d'investissement est, selon lui, obligatoire. Il a ensuite prévenu : « Si l'Assemblée nationale votait ce texte en l'état, elle serait complice des agissements du gouvernement ».
Une défense de son bilan
En marge de la LFR, Sonko a tenu à défendre son bilan à la Primature, accusé d'avoir laissé filer la dette. Il affirme avoir privilégié des financements alternatifs, notamment auprès des Émirats Arabes Unis, plutôt qu'une restructuration qui aurait pénalisé le Sénégal. Avec 130 députés sur 165, le PASTEF détient la majorité absolue. Sans ses voix, la LFR 2026 ne peut pas passer. Le pays retient son souffle avant la séance plénière prévue jeudi.

